Fabienne

 

Kaïden - Professeur D.E., elle découvre l'Aïkido en 1969 et l'enseigne depuis 1975

Auto-portrait fleuve


J'habitais dans le SUD-OUEST à LIBOURNE et je désirais apprendre à me défendre j'avais des angoisses et peur des autres, je me suis inscrite à 18 ans en 1968 dans un club de judo le seul qui existait : j'avais eu une enfance où tout était prétexte à bagarres.
Le professeur diplômé d'état Mr BELLION pouvait sans connaître cet art enseigner l'AïKIDO et mes premiers cours se faisaient avec le guide MARABOUT à 5 francs : on était content de trouver le sens du mouvement et l'endroit où il fallait poser les pieds. 
J'avais déjà eu de la chance d'être inscrite par hasard dans l'école du Maître MICHIGAMI où l'on pratiquait un judo de la souplesse et Maître SUDRE venait régulièrement nous faire des stages.
Mon amie Chantal BELLOT m'avait réconciliée avec mon moi idéal en me faisant lire "Le jeu des perles de verre" de HERMAN HESSE.

Ma vraie rencontre avec l'AïKIDO s'est faite à l'occasion de mon premier grand stage avec Maître NOCQUET à la BAULE en 1969 où j'avais fait 800 km de mobylette pour venir (conjonctivite, pas de lit pour dormir et mort de la mobylette).
Là ce fut la rencontre avec un homme qui parlait d'amour, de pacification, de victoire de l'instant, d'harmonie, de MAîTRE MORIHEI UYESHIBA avec qui il avait pratiqué pendant 4 ans au japon. Il avait dormi dans le dojo du maître, citait tel un excellent magnétophone les anecdotes de ce génie de l'AïKIDO qui avait transformé sa vie lui l'ancien kiné qui faisait de la gonflette et des compétitions de judo.
Très idéaliste j'ai de suite adhérée à ce Maître et lui serait toujours reconnaissante du message qu'il nous a transmis.

J'ai enseigné à LIBOURNE dés la ceinture marron avec mon amie  Chantal BELLOT, restée au japon depuis.

Puis j'ai créé en 1975 un club dans les Ardennes à CHARLEVILE MEZIERES où Jean Luc DELABY a pris la relève à mon départ en 1982 (j'ai à cette époque arrêté le judo qui était là bas un judo sportif). Tous les week-end j'allais dans le club de MAïTRE NOCQUET mais aussi celui de Mr TISSIER.

En arrivant à GRENOBLE en 1982, j'ai pris la relève de l'enseignement de l'AïKIDO d'André BERUD sur la ZIRST à MEYLAN, puis en 1984 le club était transféré au gymnase des BUCLOS

La rencontre avec un élève de KOICHI TOHEI : KOKICHI MIROCHIMA en 1983 venu apprendre le français pendant les vacances sur le campus m'a permis de comprendre que si je me déplaçais vite et bien, j'étais malgré mon deuxième DAN une débutante dans cet art, je connaissais les formes, la gestuelle des différentes techniques mais je n'étais pas stable et ne travaillais pas suffisamment avec l'énergie.
Même si la pratique m'amenait à un mieux être physique je restais en dehors des tatamis toujours agressive au moins en paroles, toujours en rupture d'idéal, déçue par les uns et les autres.
J'ai continué avec l'enseignement de MAîTRE NOCQUET, suivant les différents maîtres, les différents stages, engagée politiquement puisque j'ai été longtemps responsable technique fédéral essayant de me tenir au courant des différents programmes pour que les élèves puisent passer des grades. 

Avec le temps et l'âge, je prenais de moins en moins de plaisir à travailler car l'enseignement n'avait plus d'âme et je ne retrouvais plus l'essentiel de la philosophie enseignée par Maître NOCQUET.
Ce type de pratique semblait faire plutôt gonfler l'EGO que le détruire : on était dans une espèce de compétition où chaque fédération avait bien sûr la vérité et si l'on ne suivait pas le bon code on était un peu méprisé ou regardé de haut. Je retrouvais comme dans la vie de tous les jours la quête du pouvoir, on parlait de nombre de licenciés, de subventions d'argent mais plus d'AÏKIDO.

Le départ de Patrick (pour qui je me forçais encore à faire des stages qui m'ennuyaient afin de le préparer au passage de grades) m'a libéré de cette contrainte et permis au décès de MAÏTRE NOCQUET grâce à Jean-Daniel CAUEHEPE d'avoir de nouveau du plaisir à pratiquer.
J'ai eu du mal les premières années à adhérer à l'aspect et la façon d'enseigner de cet homme (ce n'est pas facile de se remettre en cause et de réapprendre de manière différente après plus de 30 ans de pratique, j'ai découvert sous le personnage que je trouvais au début antipathique combien il était sincère et désintéressé voulant nous faire passer toute sa connaissance et toute la culture de l'AÏKIDO avant le grand départ.
J'ai commencé à m'ouvrir à son enseignement qui avant tout était un travail sur l'interne d'abord sur soi de pacification d'harmonisation de l'être physique et psychique.

Bien sûr cela passait par un travail physique d'attitude juste, de relaxation, de respiration de centrage, d'enracinement mais qui débouchait par un travail mental. Le geste ne prenait toute sa dimension que s'il engageait tout l'être physique et psychique : geste entier, sincère avec nécessité de visualisation mentale.
D'où la pratique des AÏKITAÏSO seul en statique, puis en dynamique puis application de ces AÏKITAISO dans les techniques avec un ou plusieurs partenaires : c'est d'abord ôter ses propres tensions son agressivité pour pouvoir par un échange avec l'autre pacifier l'ensemble.
Si j'avais depuis des années compris l'intérêt de cet art pour la santé (stimulation des différents points d'acupuncture, régularisation des énergies physiques et psychiques), j'en comprenais toute la dimension dans la vie quotidienne : rester stable quelle que soit les tempêtes qui peuvent tout au long de notre vie sociale, familiale, professionnelle nous assaillir : garder son centre et sa joie de vivre.
Apprendre à ouvrir pour que l'énergie universelle envahisse notre forme éphémère, et de ce fait être plus réceptif à la nature, aux autres, ressentir que nous sommes tous embarqués dans le même bateau, accepter et participer à ordonner le chaos nécessaire à la poursuite de la vie. Trouver cette vie avec un grand V très belle !
Les stages d'été dans le TRIEVES depuis 5 ans avec le support musical m'y ont progressivement beaucoup aidé et à chaque fois un nœud supplémentaire se libère : J'ai senti que mon être s'ouvrait à l'Amour avec un grand A.
Cet état n'est pas permanent mais est de plus en plus fréquent. Depuis un à deux ans j'ai moins besoin de penser à rester dans cet état d'esprit dans mon travail, dans mon enseignement où autrefois j'avais du mal à ne pas être agacée par des élèves débutants qui ne comprenaient pas aussi vite que je l'aurais souhaité.

J'ai gagné en tolérance, en accueil, en acceptation de la différence et ma plus grande victoire a été d'accepter ma mère et d'apprendre à l'aimer comme elle est. Avant j'avais beau me dire que j'allais être « gentille », 5 minutes plus tard c'était fini et je ne la supportais pas dès que j'étais fatiguée. Je m'en voulais de ne pas y arriver et je savais que c'était mon plus grand combat personnel.